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VOYEZ...

Fasciné et curieux, le jardinier caresse le paysage.
Voyez avec lui la Méditerranée…
Voyez avec lui comme elle est belle, intraitable, sauvage, puissante des civilisations
qui l’ont façonnée.
Tantôt angoissés, tantôt apaisés, étrusques, ligures, phocéens, romains, sarrasins,
hommes de Dieu ou hommes du béton-fric lui ont apporté successivement leur notion
de temps et d’espace comme pour lui imprimer leur volonté de durer…
Et c’est vrai, cette Méditerranée porte, tout stigmate confondu,
l’inénarrable et l’intelligible
sur son paysage. Entre Nature et Culture,
son visage pose une énigme insondable.
Tantôt contemplatifs, tantôt hyperactifs, les jardiniers profilent leurs outils comme
des ombres
chinoises sur le maquis ou la garrigue à calmer.
Et toujours ils recommencent, été après été.
Symbole du Jardinier apeuré des temps en « course », le feu et le cortège
de psychoses,
de certitudes qu’il attise.
Le jardinier s’accroche après l’idée du feu dévastateur, impardonnable.
Il court, il court et par son affolement même, il creuse des brèches, dessine
des ruptures
irréversibles dans les dynamiques de populations végétales et animales, elles qui depuis que
feu est feu, se sont pourvues de mécaniques rodées, parées
à épouser le feu pour mieux vivre
leur postérité.
Oui, pour autant que les paysages méditerranéens sont aussi terres qui portent le feu
comme remède à l’appauvrissement des flores et des milieux, le Jardinier du temps moderne,
allié du vivant, n’est pas cet homme effrayé, moins encore ce pyromane gagné par
la fascination des flammes.
Non, il est cet acteur du vivant qui sait que le feu est un intermédiaire passager entre
un état de végétation et son renouveau, entre la pelouse* à Orchidées et bulbes jadis
endormis et déjà réveillés avec les dernières fumerolles et le climax* monotone et arrêté,
constitué par la forêt ultime.
Quel travail alors que celui qui incombe au jardinier !
Il doit réveiller des consciences figées, durcies par un imaginaire collectif formé autour
de l’image d’un feu assassin.
Véritable Prométhée des temps modernes, il fait partager le vrai message du feu.
Que dit-il ?
Il pense à un autre débroussaillage plutôt qu’à celui qui revient à dévaster les sols constitués
depuis des décennies en ouvrant des ravines à l’eau des orages,
faisant disparaître ainsi toute
vie microbienne si précieuse pour minéraliser
la matière organique.
Il aborde le paysage comme un Tout et l’accompagne dans sa proximité
avec les zones urbaines, le prolonge dans l’Habiter par ses qualités, son ombrage.
Un confort qui mettrait un terme au fleurissement de toutes
nos climatisations énergivores !
Il envisage le débroussaillage comme une sélection réfléchie sur la quantité à contenir,
la qualité à consacrer en évitant de diaboliser telle ou telle espèce végétale
tant elles sont interdépendantes les unes des autres.
Il reconsidère enfin sa présence pour éviter l’appauvrissement des espaces naturels
et leur conversion en peuplements monospécifiques.
Voyez, la Méditerranée comme elle est belle, sur ce chemin qui mène à la mer,
aux rivages bercés par le brassage des yeux du Jardinier.
Voyez comme le chemin est beau qui mène aux Méditerranées
Jean-Laurent Félizia
Août 2009 |